Hôtel Anne D'Anjou - Saumur - Pays de Loire

L'Histoire de L'Hôtel ANNE D’ANJOU ****

 

  C’est à la fin du règne de Louis XIV que fut construite l’ Hostellerie des Trois Maures , ce très bel hôtel qui fait face à la Loire en contrebas du château de Saumur. Le principal artisan en fut le sieur Cailleau, entrepreneur du Roi, auquel on doit de nombreux autres édifices saumurois.

 

   Au début du XVIIème siècle, l’hostellerie à Saumur prospérait notamment grâce aux pélerinages à Notre-Dame des Ardilliers, située non loin de là dans le quartier du Fenêt. Saumur comptait à l’époque 32 hôtels ou auberges.

  Une certaine tradition équestre née au XVIème et XVIIème siècles avec l’académie protestante fondée par Duplessy-Mornay amena à Saumur le corps royal des Carabiniers de Monsieur en 1763. Plusieurs officiers écuyers furent alors logés à l’hôtel des Trois Maures, en attendant la construction des bâtiments actuels de l’Ecole de Cavalerie, terminée en 1779. 

  Dès la moitié du XVIIIème siècle, les édiles saumurois projettent d’aménager le quai qui mène aux Ardillers, le quartier devint alors en vogue car de beaux hôtels particuliers s’y élèvent jusqu’au milieu du XIXème siècle.

 

 Cette auberge fut vendue à la famille Levesque-Desvarannes, fondeur à Saumur, originaire d’une famille d’Angers ; ils dirigèrent, à la suite de la Révolution en 1793, l’atelier monétaire pour la fabrication des « gros sols nationaux » provenant de la fonte des cloches. Ils construisirent cet hôtel particulier entre 1750 et 1779, le corps principal tourné vers la Loire et des ailes en retour d’équerre, sur l’arrière, enserrant une cour intérieure. Le salon de l’aile orientale reste un vestige de l’auberge du XVIIème siècle.

 

  La demeure sur le quai est ensuite acquise à la Révolution par Charles-Daniel Dupuis, Commandant dans la Garde Nationale. C’est lui qui fit aménager une chambre magnifique du plus pur style Empire, dont les décors ont été dessinés par Percier et Fontaine, architectes de l’Empereur.

 

  Le dernier propriétaire du XIXème siècle fut Louis Jamet, négociant et président de la corporation des armateurs de Loire. Il acquiert cette propriété vers1835 et s’empresse d’affirmer sa notoriété sur le quai en embellissant sa demeure et en réédifiant un nouveau balcon en fer forgé marqué de ses initiales L. J.

 

  Cet hôtel particulier se transmit dans la même famille jusqu’en 1938, date à laquelle les descendants de Louis Jamet le vendirent. Après un long déclin l’immeuble a retrouvé son activité d’origine et sa splendeur d’antan. Lorsqu’il est classé monument historique en 1975, il est alors dénommé l’hôtel Jamet.

 

L’escalier, sous son original plafond en trompe l’œil peint par un florentin anonyme dans les années 1780, est doté d ‘une rampe en fer forgé digne des plus grands palais de l’époque ; il s’orne, de place en place, de médaillons occupés par des feuilles d’Acante dorées.

Cet escalier, ainsi que la façade, simple et équilibrée, sont inscrits ISMH. Cinq chambres ont gardé leur décor de style d’origine. Dernier témoin du passé, un petit oratoire et ses peintures originelles sur boiseries Empire ne demande qu’à revivre à l’image de cette belle demeure digne de Saumur et de l’Anjou.

 

  Le Val de Loire … la plus parfaite harmonie que la nature ait jamais offerte à l’homme pour son épanouissement. Majesté du fleuve, tendresse de la lumière, indulgence du ciel, fécondité de la terre … Neuf Rois de France en firent leur séjour.

 

  Cette douceur de vivre, c’est peut-être autour de Saumur qu’elle se perpétue le mieux.

Calmement allongée au pied de son château, bercée par la Loire, la ville blanche s’est, au fil des siècles, entourée de vignes.

 

 

La Façade sur Loire

 

La recherche d’équilibre, qui a présidé à l’élaboration de cette façade, n’exclut pas l’austérité.

 

  Elle est divisée verticalement en cinq travées par de faux pilastres s’élevant de façon continue de la base en pierre de Champigné jusqu’à une sorte d’architrave courant sur la corniche denticulée. Cette ordonnance donne une impression d’élancement à l’édifice et compense l’effet que produit son étirement en longueur. Les quatre travées latérales sont percées de deux ouvertures par niveau à l’exception du corps central, sur lequel est mis l’accent, avec la porte cochère qui permettait autrefois aux voitures et aux chevaux d’accéder à la cour alors fermée. Le balcon, plus large que celui d’origine a été commandé entre 1840 et 1850 par son propriétaire d’alors, Louis Jamet, comme l’indiquent les initiales L. J. qui l’ornent ainsi que les caducées, symboles de mercure Dieu du Commerce et du voyage, qui font sans aucun doute allusion à son activité de président des armateurs de Loire.

 

L’effet d’élancement évoqué plus haut est légèrement atténué par d’autres formes architecturales. Le mince bandeau plat sculpté, au-dessus de rez-de-chaussée, produit un effet déjà éprouvé dans l’art de bâtir : Il donne l’impression que les étages s’appuient sur celui-ci. Grâce à un jeu d’équilibre savant, les pilastres au contraire poursuivent leur élan vertical jusque dans les parties pleines de la balustrade. En outre, les différences entre les fenêtres à chaque niveau soulignent le caractère horizontal de la façade. En effet, les fenêtres sont presque carrées dans la partie supérieure, celles de l’étage noble s’allongent d’une table moulurée, celles du bas sont plus sobres.

Enfin, ce logis est couronné d’une balustrade de pierre cachant une toiture très plate.

 

  Rigueur géométrique, sobriété, nudité, rythme caractérisent cette demeure, comme l’école de Cavalerie construite à la même époque. Ce type d’élévation obéit aux orientations données par les édiles saumurois dès le XVIIIème siècle lors des grands projets d’aménagement de la ville afin de lui donner une unité architecturale.

 

 

 

L’escalier d’honneur

 

  Escalier d’apparat, secondé par deux autres escaliers de dégagement il était emprunté par le maître de maison, sa famille et ses invités. Son rez-de-chaussée leur permettait d’accéder aux salons. Ses marches sont bâties en pierre dure jusqu’à l’étage noble puis en bois jusqu’à l’étage supérieur.

 

  La rampe en fer forgé, véritable chef-d’œuvre de ferronnerie, s’orne d’un décor typiquement Louis XVI : motifs réticulés, postes, grecques. Des médaillons, au centre de chaque volée, sont ornés de quatre feuilles d’acanthe dorées.

 

  Cette majestueuse cage d’escalier est complétée par un étonnant plafond peint en trompe-l’œil, imitant une coupole à caissons convergeant vers une voûte céleste entourée d’un anneau circulaire. Cette décoration aérienne concourt à l’effet d’envol de  l’escalier tandis que faisant écho à la rampe, une fresque court à hauteur d’appui du mur et représente des minces supports, d’où pendent des draperies ainsi que des caducées analogues à ceux du balcon extérieur.

 

  Un dessus de porte, face au vestibule d’entrée, arbore les initiales de Louis Jamet et laisse penser que ce dernier a commandé le décor peint vers le milieu du XIXème siècle tandis que l’escalier a été édifié en même temps que l’immeuble dans la seconde moitié du XVIIIème siècle. Sa théâtrale composition contraste avec la sobriété de la façade sur le quai.

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